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La collusion, peu importe comment on l’appelle, reste de la collusion


Le 28 septembre lorsque la ministre du Patrimoine, Mélanie Joly, a annoncé qu’elle ne ferait rien pour les nouvelles locales, mais que ces nouvelles étaient quand même un « pilier » de sa vision à l’égard des médias, je me suis dit : il va y avoir des morts, beaucoup de morts.


Voici les morts : Postmedia et Torstar ont annoncé le 27 novembre qu’ils allaient échanger 41 hebdomadaires et quotidiens. Trente-six d’entre eux ont immédiatement fermé, 21 chez Postmedia et 14 chez Torstar, y compris les quotidiens Orillia Packet et Times, le Barrie Examiner, Metro Vancouver, et Metro Winnipeg. Trois cent journalistes et travailleuses et travailleurs des médias ont été congédiés.


L’échange et les fermetures représentent en réalité une façon de contourner les lois fédérales sur la collusion. Or, c’est de la collusion, peu importe comment on l’appelle. Les entreprises Postmedia et Torstar prétendent qu’elles n’avaient aucune idée que l’autre allait fermer pratiquement tous ses journaux acquis récemment, en dépit du fait que les deux ont fait exactement la même chose exactement au même moment.


Les revenus en chute libre des médias d’information ont provoqué ces fermetures. Postmedia a consolidé sa présence à Ottawa, tandis que Torstar s’est pratiquement retiré de la région de la capitale. Torstar a consolidé sa présence dans les régions de Niagara et Kawartha, tandis que Postmedia s’y est retiré.


Paul Godfrey de Postmedia n’a pas affiché de compétences particulières dans sa façon d’exprimer une certaine humilité d’entreprise, et n’a pas tardé à blâmer (avec raison) la Ministre Joly pour son inaction. Agacée, la Ministre a riposté en affirmant que les fermetures étaient un geste « cynique ».


Torstar a modestement protesté en disant que la mission de l’entreprise ne consistait pas à créer des déserts d’information (seulement des monopoles d’information).


Les déserts d’information ne sont pas si loin. Lorsque Torstar a acheté le Cambridge Reporter en 1999, un cadre de Torstar m’a dit : « Nous n’avons pas acheté [le Reporter] uniquement pour le fermer. » Ceci en dépit du fait que le Reporter était un concurrent au quotidien plus populaire de Torstar à Kitchener.


Quatre ans plus tard, l’entreprise a fermé le Reporter.


Le Bureau fédéral de la concurrence a annoncé qu’il allait faire enquête sur les derniers échanges et fermetures de journaux.


Mais, nos attentes ne doivent pas être très élevées. En 2014, Black Press et Glacier Media ont fait la même chose en échangeant et en fermant une longue liste d’hebdomadaires en Colombie-Britannique. Le Bureau n’a rien fait, sans doute parce que les publicitaires ont encore plusieurs moyens de joindre les consommateurs, notamment par la télévision, la radio, Facebook et Google. Et du côté du lectorat, le fait de perdre accès à un bien gratuit ne représente pas vraiment une contrainte commerciale.


Or, l’ambiance politique en 2017 est différente de celle de 2014, et le changement de gouvernement permet de spéculer de façon intéressante sur ce que le Bureau de la concurrence risque de faire. Le gouvernement de Trudeau est embarrassé par son manque d’action face aux nouvelles locales; il se peut très bien qu'on se retrouve devant une situation de bouc émissaire.


Entretemps, le fond du problème des nouvelles locales n’a pas changé. Google et Facebook ont brisé à jamais le lien entre les revenus publicitaires et le journalisme. Les Libéraux vont soit faire quelque chose par rapport à cette réalité ou regarder sans broncher la fin du journalisme.


Il est temps que les Libéraux joignent le geste à la parole et qu’ils sauvent les nouvelles locales. Unifor, Médias d’info Canada et leur propre consultant du rapport Un miroir brisé, ainsi que le comité parlementaire du Patrimoine à dominance libérale ont offert un menu complet de solutions de rechange.


Une aide financière n’est pas la seule chose nécessaire. Il faut du leadership. N’eut été de la collusion de Postmedia et Torstar, plusieurs de ces 36 journaux locaux auraient pu trouver de nouveaux propriétaires communautaires, y compris des coopératives d’employés, et auraient pu survivre encore quelques années pendant que les Libéraux réfléchissent aux moyens de sauver le journalisme.


En fait, les Libéraux pourraient même songer à un qui pro quo. En échange d’une véritable assistance fédérale au journalisme local, les entreprises de diffusion d’information prévoyant fermer des journaux locaux seraient tenues de publier un avis public de fermeture, d’écarter la collusion visant à créer des monopoles d’information, et de coopérer dans la transition vers une propriété communautaire.


C’est à ça que devrait ressembler le leadership fédéral.


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