Le vol de films n’est pas un crime sans victimes

L’opposition à la campagne de Franc-Jeu Canada contre le vol de films arrive au bon moment, mais présente un bémol, comme on pouvait s’y attendre.


La coalition industrielle de syndicats, de guildes, de diffuseurs et de studios de cinéma demande au CRTC de cesser de pourchasser les sites Web clandestins de l’étranger et d’établir un régime efficace de géoblocage qui enraye les sites de vol de films les plus flagrants. Au total, 20 pays, dont la Grande-Bretagne, la France, la Corée du Sud, le Portugal, l’Espagne, la Norvège, la Grèce et le Danemark, ont déjà fait ce que propose Franc-Jeu : protéger leurs propres industries culturelles contre les voleurs.


La coalition Franc-Jeu, qui comprend les syndicats des médias Unifor, l’ACTRA, l’IATSA et la Guilde canadienne des réalisateurs, veut mettre fin à la perte annuelle de 500 millions de dollars qui tue les emplois dans l’industrie canadienne du cinéma et de la télévision.


Comme prévu, les apologistes de cette grande escroquerie prétendent parler au nom de la liberté sur Internet, utilisant le bon vieil argument des adeptes d’armes à feu voulant qu'un gouvernement qui entrave aujourd’hui la liberté d’agir à l’extrême nous amènera à vivre dans un état policier demain. Comme le disait Laura Tribe d’OpenMedia, « il y aura un comité officiel de censure sur Internet, ce qui ouvrira la porte à une censure excessive au Canada, comme utiliser une mitrailleuse pour tuer un moustique ».


Ce n’est arrivé dans aucune des démocraties qui ont pris des mesures en ce sens.


Michael Geist, professeur spécialiste en droit d’auteur à l’Université d’Ottawa, la voix libertaire la plus connue en faveur d’un monde Web plus libre, dit qu’une loi bloquant des sites Web n’offrirait aucun contrôle judiciaire. Il se trompe : la Cour fédérale peut examiner toute mesure prise par le CRTC.


Il jette le doute sur l’ampleur réelle de cette perte massive de recettes, indiquant qu’il pourrait s’agir de seulement 250 millions de dollars, plutôt que 500 millions de dollars, comme si voler une somme moins élevée serait acceptable.


Les libertaires d’Internet connaissent-ils seulement l’impact sur les Canadiennes et les Canadiens honnêtes et travailleurs assidus œuvrant dans nos sociétés de cinéma et de télévision qui perdent ces millions de dollars?


La coiffeuse de cinéma Peggy Kyriakidou fait partie de ces travailleurs des médias.


« Il est difficile de gagner un revenu décent dans l’industrie du film, dit la mère célibataire qui travaille dans l’industrie du film de Toronto depuis 25 ans.


Le travail n’est pas régulier et notre revenu est dicté par la rentabilité des studios. Il est difficile de joindre les deux bouts. Le vol de films complique les choses. »


Stéphane Giroux, chroniqueur judiciaire pour CTV de Bell Média, partage cette opinion.


« Il y a eu des mises à pied à la station de Montréal. Nous travaillons fort pour diffuser d’importants reportages locaux alors que les budgets sont serrés, déclare le journaliste chevronné de l’actualité au Québec.


Les gens croient que les diffuseurs roulent sur l’or, mais seulement une poignée de stations de télévision locales au Canada font un bénéfice. Notre propriétaire fait de l’argent grâce à sa société de cinéma, qu’il dépense ensuite sur les nouvelles locales. Nous ne pouvons pas nous permettre que des sites Web clandestins volent des millions de dollars. »


Maintenant, nous devons tous nous regarder dans le miroir, pas seulement M. Geist. Est-ce acceptable de voler Bell (qui emploie 50 000 Canadiennes et Canadiens), Rogers (25 000), Shaw Communications (20 000) ou Québécor (10 9000) simplement parce que ce sont de grandes entreprises et qu’elles peuvent « se le permettre »? Peggy et Stéphane répondraient par la négative.


Combien de travailleuses et travailleurs canadiens des médias devront payer le prix du piratage avant que l’on cesse d’implorer en vain la liberté sur Internet?


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