Les radiodiffuseurs sonnent l'alarme sur les nouvelles locales

Les radiodiffuseurs sonnent l'alarme sur les nouvelles locales

L'Association canadienne des radiodiffuseurs (ACR) avertit le public, et en particulier notre gouvernement fédéral, que les recettes publicitaires qui financent les nouvelles à la radio et à la télévision sont sur le point d'être réduites à néant à cause du double coup porté par Internet et de la récession provoquée par la Covid.


La survie précaire des nouvelles radiodiffusées, en particulier des nouvelles locales, n'est pas un secret pour les analystes du secteur.


Mais ces cinq dernières années, l'attention du public a surtout porté sur le sort des salles de rédaction de la presse écrite. Il ne fait aucun doute que 270 fermetures de journaux au cours des dix dernières années sont difficiles à ignorer. N'importe quel amateur de nouvelles pourrait vous dire que des journaux locaux ont fermé dans des petites et moyennes collectivités à travers le pays. Même dans les grandes villes, la couverture de l'actualité a soit diminué, soit a été alimentée par un fil de nouvelles provenant de sources extérieures à la communauté.


Tout comme le Forum des politiques publiques a attiré l'attention des décideurs politiques sur les perspectives désastreuses des journaux canadiens dans son rapport de 2017 intitulé « Le miroir éclaté » , l'ACR a publié sa propre analyse de la situation alarmante décrite dans le rapport d’une étude effectuée par Communications Management Inc. (CMI) prosaïquement intitulé « The Crisis in Canadian media and the future of local broadcasting » (La crise des médias canadiens et l’avenir de la radiodiffusion locale – disponible en anglais seulement). Ce rapport est beaucoup plus court que « Le miroir éclaté » et présente un résumé à puces.


Voici une nouvelle : nous savons que l'Internet a porté une grave atteinte aux secteurs de la radio et de la télévision canadiennes depuis des années, mais la Covid est en train de les pulvériser.


CMI prévoit un manque à gagner d'un milliard de dollars en recettes publicitaires dans les deux prochaines années à cause de la Covid. Alors que près de 50 % des quelque 800 stations de radio privées étaient déjà dans le rouge avant la Covid, et que 70 % des 95 stations de télévision privées affichaient des pertes depuis plusieurs années, il n'est pas surprenant de prévoir des fermetures massives de stations de radiodiffusion. La perte de nouvelles locales, déjà fortement impactées par les fermetures de journaux, est la sinistre réalité qui attend notre démocratie.


L'auteur du rapport de CMI, Ken Goldstein, analyste chevronné des médias établi à Winnipeg, affirme que l'érosion à long terme des recettes publicitaires de la radiodiffusion causée par Internet signifie que même une reprise en « V » après la récession provoquée par la Covid ne se traduira pas par une véritable reprise des recettes de la radiodiffusion. La Covid ne fait qu'accélérer le déclin déjà amorcé avant la pandémie.


CMI prévoit qu'entre 50 et 200 stations de radio perdront de l'argent et qu'un nombre indéterminé de stations de télévision vont fermer (certaines stations de télévision en réseau sont obligées par les licences du CRTC de continuer à fonctionner jusqu'en 2022).

Les stations à risque seront probablement les petites stations et les stations indépendantes. Elles ne peuvent pas répartir les frais généraux ou s'appuyer sur des stations consœurs rentables appartenant au même groupe de propriété, contrairement aux stations exploitées par les grands réseaux de médias appartenant à Bell Média, Québecor, Rogers et Corus. Les stations les plus vulnérables risquent d’être situées dans l'Atlantique, dans l'Ouest ou en Ontario, en dehors de la grande région du « Golden Horseshoe ».


Pendant des décennies, la radiodiffusion canadienne a prospéré, et maintenant peine à survivre, en s’appuyant sur un système d'interfinancement à plusieurs niveaux, alors que les stations de petits marchés qui perdent de l'argent se partagent les richesses des stations des grandes régions métropolitaines. Cet effet d'interfinancement permet de transférer les profits au sein des grands groupes de propriété des divisions du câble aux opérations de diffusion, et de même au sein des opérations de diffusion des chaînes de sport et de divertissement à la télévision locale.


De plus, les chaînes de télévision canadiennes font des profits importants en diffusant des émissions américaines populaires – comme le Super Bowl de la LNF ou les Oscars – pour payer les frais du journalisme local.


Mais les géants étrangers de l'Internet – Netflix, Amazon, Google, Facebook, DAZN... la liste s'allonge chaque année – ont complètement perturbé le mode de rentabilité de cette industrie, qui permettait de financer les journaux télévisés et radiophoniques locaux.


Ce que CMI dit, ce n'est pas seulement que de nombreuses stations indépendantes qui perdent de l'argent ne survivront pas à la Covid, mais que la capacité d'interfinancement des grands médias comme Bell ou Rogers pour maintenir à flot leurs petites stations régionales s'érode rapidement.


Si vous avez supporté le flux constant de mauvaises nouvelles de nos conglomérats de médias imprimés, comme Postmedia et Torstar, vous avez constaté que le journalisme canadien ne sera pas sauvé par des économies d'échelle. La consolidation des entreprises ne permet que de résister à la gravité du déclin.


S'il y a une lueur d'espoir, il semble bien que nous ayons un ministre du Patrimoine – le député montréalais Steven Guilbeault – qui comprend la situation et veut la corriger, ce qui n'est pas toujours évident dans un rôle ministériel qui ressemble plutôt à une mission d’apprentissage.


Mais convaincre le ministre responsable de légiférer pour trouver des solutions n'est que la première étape pour résoudre un problème aussi difficile que la survie des médias canadiens. Sans l'aval du CPM et des principaux ministres du cabinet, le dossier des médias va se retrouver au bas de la pile des priorités parlementaires.


Le gouvernement libéral étudie le problème délicat des médias et du journalisme local depuis cinq ans maintenant. En 2017, un comité parlementaire à majorité libérale lui a dit quoi faire. Le CRTC lui a donné des options dans un important rapport publié la même année. Le gouvernement a nommé un comité d’experts qui, au début de 2020, lui a présenté une feuille de route pour une réforme législative.


Maintenant, le Premier ministre doit juste décider s'il veut vraiment faire quelque chose.

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